mardi 4 avril 2017

A l'enterrement de la monarchie népalaise: "White Sun" (FIFF 2017, jour 2)

White Sun
En 2015, le Népal panse les plaies d'une guerre civile meurtrière. Sous les coups de boutoir de la rébellion maoïste, la monarchie s'est muée en république fédérale et le pays se cherche une Constitution. C'est dans ce contexte que Chandra, ancien soldat de l'armée rebelle, retrouve son village au fin fond d'une vallée perdue de l'Himalaya, où l'attendent des difficultés inattendues : son père vient de mourir et sa femme a accouché d'une fille lors de son absence. Il devra composer, entre autres, avec un prêtre sourcilleux sur les rites funéraires, un frère monarchiste et un gamin rencontré en route, qui pourrait bien se révéler son fils caché. Complexe.

lundi 3 avril 2017

Le fantôme du féminisme: "L'aventure de Madame Muir" (FIFF 2017, jour 3)

L'aventure de Madame Muir
Une fois n'est pas coutume, LMDLO s'attaque à un classique, ne serait-ce que pour rendre hommage à l'incroyable diversité et qualité de l'offre du FIFF. La sélection "Cinéma de genre", sous-titrée cette année "Histoires de fantômes", propose un impressionnant panel de merveilles plus ou moins anciennes, dont les inoxydables La maison du diable (The Haunting) et L'aventure de Madame Muir (The Ghost and Mrs Muir). Dans le second, un Mankiewicz pas encore célébrissime adapte le roman de R.A. Dick - pseudonyme subtil, n'est-ce pas, de Josephine Leslie - et fait souffler un vent de féminisme sur les années quarante.

dimanche 2 avril 2017

India Paradiso: "The Cinema Travellers" (FIFF 2017, jour 1)

Un crépitement, une étincelle, le ronronnement du moteur qui démarre, et le faisceau lumineux apparaît. Le temps d'une soirée, Bollywood vient de se frayer un chemin jusque dans les tréfonds de l'Inde rurale. Huit ans durant, Shirley Abraham et Amit Madheshiya ont suivi deux projectionnistes itinérants et un réparateur/inventeur passionné de projecteurs. Ils nous font découvrir, dans un documentaire d'une incroyable poésie en compétition à Fribourg, un univers méconnu en train de se réinventer pour ne pas disparaître.

mardi 7 mars 2017

Un festival pour défendre les droits humains

Du 10 au 19 mars 2017 se déroule à Genève le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), un nom compliqué pour un sujet qui ne l'est pas moins. Depuis 2003, la capitale de la paix accueille cet événement voué à "dénoncer les violations contre la dignité humaine". A l'heure où se font de plus en plus entendre les rancœurs face aux conséquences réelles et fantasmées de la mondialisation, cette 15e édition se veut révolutionnaire, au sens de la jolie formule de la directrice des programmes Isabelle Gattiker : "Être révolutionnaire en 2017, c'est surmonter la peur [...], c'est se laisser émerveiller par les cinéastes et les artistes, et prendre le temps de revenir à la raison."

Des atrocités de la guerre en Syrie (Silent War, Syria's Disappeared: The Case Against Assad) aux usines chinoises (débat "Sur nos téléphones et nos tablettes, les doigts de la honte"), en passant les prisons israéliennes (Ghost Hunting, tout frais lauréat du meilleur documentaire à la Berlinale) ou la condition noire aux États-Unis (I am not your Negro), le festival propose une géographie implacable quoique non exhaustive de l'état peu réjouissant des droits humains dans le monde.

Programme, bandes-annonces et autres informations en ligne ici : http://www.fifdh.org/site/fr/accueil

lundi 2 janvier 2017

Paterson, ville poème (Paterson, Jim Jarmusch)

Paterson
On avait laissé Jarmusch, dans Only Lovers Left Alive, avec deux vampires-dandies-rockers errant la nuit dans les ruines industrielles de Detroit. Deux vieux artistes désabusés, tentant de survivre dans un monde leur échappant. Autre face de la même pièce – et sans doute de la personnalité du cinéaste –, Paterson décortique le quotidien d’un chauffeur de bus. Le bien nommé Paterson, incarné par le non moins bien nommé Adam Driver, parcourt la petite ville de Paterson, dans le New Jersey, un autre ancien bastion de l’Industrial Belt. Quel rapport avec les musiciens noctambules ? Paterson, lui aussi en décalage avec le monde qui l’entoure, s’en échappe en écrivant des poèmes. À travers ce personnage faussement banal, Jarmusch traque la poésie dans les moindres recoins de l’existence et, comme dans le reste de son cinéma, extrait la beauté du quotidien.

jeudi 15 décembre 2016

Cinq bonnes raisons d’aller voir Wonderland

Wonderland
Wonderland arrive dans les salles hexagonales avec un titre franco-français, au lieu de l’allemand Heimatland et du romand L’Amère patrie. Pas grave si on ne comprend rien à ces changements de titre hautement stratégiques, l’important c’est qu’un nuage mystérieux et menaçant grossit au-dessus de la Suisse, annonciateur d’une catastrophe naturelle sans précédent pour les Helvètes. Face au désastre imminent, une mosaïque de personnages réagissent, s’organisent, chacun-e à leur manière. LMDLO a (beaucoup) aimé et compte (au moins) cinq excellentes raisons de se précipiter dans l’un des rares cinémas projetant le film.

jeudi 27 octobre 2016

Le Géotop, 6ème: le top ciné-géographique de Brice Gruet

Toujours sous les auspices de Serge Daney, l'aventure du Géotop continue. Pour ce mois d'octobre, c'est au tour de Brice Gruet, enseignant-chercheur à l'Université de Paris-Est Créteil. Auteur d'une thèse sur la rue à Rome, il travaille sur la ville, le patrimoine, le sacré. On conseille aux amateurs du Seigneur des anneaux de jeter un œil à ses textes sur la géographie de Tolkien (à commencer par ce texte sur le blog ami Geographica.net). Brice s'est livré au petit jeu du top 10 ciné-géographique et nous propose une liste éclectique, confirmant que Wim Wenders a décidément la cote auprès des géographes.

lundi 24 octobre 2016

Locarno 2016 : "There is an alternative" (Moi, Daniel Blake, Ken Loach)

Moi, Daniel Blake
11 août 2016, 21h30, sur les sièges noirs et jaunes de la Piazza Grande, la projection de Moi, Daniel Blake fait salle comble. À 80 ans, visiblement ému de voir 8'000 personnes massées pour découvrir son film, Ken Loach n’en va pas moins à l’essentiel. Il évoque le démantèlement de l’État-providence par le thatchérisme, rappelle les conséquences bien réelles de cette politique, machine à broyer les plus faibles. Et conclut : "There is an alternative, and it is worth fighting for it".

Droit dans ses bottes après une trentaine de longs-métrages, Loach ne révolutionne peut-être pas le cinéma. Mais il offre une description minutieuse et pas du tout superflue des dégâts humains du néolibéralisme à l’anglaise, esquissant au passage une petite géographie de l’humiliation des laissés-pour-compte.

mardi 13 septembre 2016

Le Géotop, 5ème: la ciné-géographie de Nashidil Rouiaï

Il y a eu Serge Bourgeat, moi-même, Jacques Lévy, puis Benjamin Fauré. Après une pause estivale, voici venu le temps d'un cinquième Géotop, celui de Nashidil Riouiaï, géographe spécialiste de l'impact des représentations ciné-géographiques sur les stratégies d'influence étatiques. Elle termine en ce moment une thèse portant sur l'image de Hong Kong au cinéma (hongkongais mais aussi hollywoodien) et son impact pour le soft power chinois. Son top 10 géographique, très asiatique et très urbain, se trouve à portée d'un clic, ci-dessous.

vendredi 12 août 2016

Locarno 2016, Jour 2 : Faillite de l’autorité, faillite de la société

Les films projetés à Locarno cette année ne donnent pas tous envie de pleurer. Mais plus d’un rend compte d’un monde qui ne donne pas non plus très envie de rire. En particulier, sur des registres a priori différents, plusieurs intrigues dessinent un monde qui sonne creux, déserté par le sens et, en l’occurrence, par les autorités, c’est-à-dire par une émanation d’un projet et d’une vision communs à un groupe humain. Ci-dessous, retour sur un jour 2 qui fait trembler les fondements des sociétés postindustrielles.

jeudi 11 août 2016

Locarno 2016, Jours 0 & 1: Pluie d'insultes sur la Piazza Grande

Locarno film festival 2016
A la sérénité d'une traversée ferroviaire des paysages mythico-bucoliques de la Suisse primitive, renforcée par le plaisir coupable de la contemplation des hordes d'automobilistes pris dans quelques kilomètres de bouchons à l'entrée du Ghotard (et donc aussi à la sortie, niark), a succédé un atterrissage mouvementé sur la Piazza Grande. Dans le jeu injuste des bonnes et moins bonnes places sous les étoiles du Tessin, rendu complexe par l'interdiction plus ou moins explicite et plus ou moins respectée de réserver des sièges à ses ami-e-s, ce n'est pas un orage qui m'est tombé sur la tête mais une averse d'injures, noms d'oiseaux éructés en allemand, italien et anglais par un spectateur très fâché. Passé ce déluge, le spectacle a pu commencer.

mercredi 3 août 2016

Avant Locarno: Le passé trouble de la Suisse (Un juif pour l'exemple, Jacob Berger)

Avant une sortie en Suisse en septembre 2016, on pouvait découvrir à Locarno, dès le premier jour, Un juif pour l'exemple, de Jacob Berger (Fuori concorso). Librement inspiré de l'ouvrage du même nom de Jacques Chessex, publié en 2009, le film revient sur une affaire ayant secoué en 1942 la petite ville suisse de Payerne. Un groupuscule de sympathisants nazis y avait exécuté dans des circonstances sordides un commerçant juif, pour l'exemple. Entre passé mal assumé et présent pas tout rose, Berger propose une adaptation subtile, mettant l'auteur lui-même au cœur du dispositif narratif. Une réussite.

samedi 30 juillet 2016

NIFFF 2016, Jour 4: Coup de cœur dans le backyard (Fantastic Birthday)

Fantastic Birthday
Un festival du film, c'est un peu comme une douzaine d'huîtres. On tombe parfois sur une perle, y compris quand on ne s'y attend plus trop. Au NIFFF (dont on a parlé ici, , mais aussi là-bas) la perle a surgi au sein de la Compétition internationale. Quand Wes Anderson rencontre Lewis Caroll et Charles Perrault, ça donne un merveilleux film sur l'adolescence, réalisé par l'Australienne Rosemary Myers. C'est à la fois hors du temps et en phase avec l'époque, léger et sérieux, superficiel et profond. Ça s'appelle Fantastic Birthday (titre "français" pour Girl Asleep), et c'est le coup de cœur neuchâtelois de LMDLO.

lundi 18 juillet 2016

La tortue coupée en deux (La tortue rouge, Michaël Dudok de Wit)

La Tortue Rouge
Film d'animation issu de la collaboration entre un réalisateur néerlandais et les studios Ghibli, La Tortue rouge a fait un véritable tabac dans la presse, provoquant des hurlements au chef-d’œuvre absolu et atemporel - et récolté au passage un Prix spécial à Cannes, dans la sélection Un certain regard. Pourtant, passés les instants magiques de la première demi-heure, le propos s'essouffle, avant de se prendre les pieds dans les pires stéréotypes.

vendredi 8 juillet 2016

NIFFF 2016, jour 2 : le salut vient de Corée

Tout a très mal commencé. Avant la projection du percutant The Priests, quelqu’un s’est précipité sur scène pour nous parler sans micro mais très fort, a fait mine de vomir dans un sac et répété deux fois "bite-couille-chatte" pour montrer qu’il ne craignait pas la censure ni la bien-pensance. Heureusement, quelques minutes ont suffi au talent de Jae-hyeon Jang pour nous faire oublier ce moment douloureux. Deux prêtres italiens perdus dans Séoul, un exorcisme qui tourne mal, un accident de voiture, et on accroche sa ceinture.

mardi 5 juillet 2016

NIFFF 2016, jour 1: choc culturel (Miruthan, Shakti Soundar Rajan)

Lundi 3 juillet 2016, c’est l’été, le moment de profiter des salles de cinéma de Neuchâtel. Pour ma première visite au NIFFF, je commence par Miruthan, film de zombies indien signé Shakti Soundar Rajan. Un virus terrorisant Coimbatore, un flic qui part à la recherche de sa petite sœur disparue, le tout sélectionné en compétition : sur le papier, ça promet. J’y vais en espérant glaner une réponse à une question aussi profonde qu’essentielle : comment l’industrie du cinéma du sous-continent a-t-elle digéré la thématique de l’après-apocalypse ? Disons que le bilan a été pour le moins mitigé, tant la distance culturelle ne facilite pas le travail de spectateur. Du coup, le plus intéressant s’est joué dans les réactions de la salle, occasion d’une petite anthropologie expresse du spectateur de cinéma. Ci-dessous les détails du choc culturel.

samedi 18 juin 2016

Le Géotop, 4ème: Benjamin Fauré fait son géo-ciné

Après Serge Bourgeat, moi-même et Jacques Lévy, place à une quatrième livraison de Géotop. Enseignant d'histoire-géographie, Benjamin Fauré est médiéviste et a soutenu une thèse sur l'alchimie en histoire des sciences et des textes - preuve s'il en fallait que tout mène au cinéma. Il tient un blog consacré au cinéma, La Kinopithèque, et sévit régulièrement sur la très recommandable Géothèque. Ci-dessous son top 10 géographique - dans lequel Antonioni, l'un des grands absents des trois précédentes listes, fait son entrée -, avec pour chaque film un lien vers un texte plus long sur le site susmentionné. Deux points ouvrez les guillemets :

samedi 14 mai 2016

Le Géotop, 3ème: Jacques Lévy fait sa ciné-géographie

Après Serge Bourgeat puis l'hôte de ces lieux, troisième livraison du Géotop. Place aux stars, avec Jacques Lévy, qu'on ne présente plus mais qu'on va quand même présenter rapidement, en rappelant qu'il a fait partie, au tournant des années 1970 et 1980, des quelques géographes qui ont participé à sortir la discipline d'un siècle de glaciation. Plus récemment, il a réalisé un film proposant, sur fond de musique atonales et d'images très chinoises, ses pensées sur l'urbanité (on en parlait ici). Ci-dessous, il se livre à l'exercice du Géotop (présenté ) et fait émerger quelques grands absents des deux listes précédentes : Wim Wenders, Guy Debord et, bien sûr, Orson Welles et Touch of Evil. Pour le détail de cette liste très cinéphilique, cliquer ligne suivante.

mercredi 6 avril 2016

Le Géotop, 2ème: le tour du propriétaire.

Après Serge Bourgeat, premier à dégainer, et avant quelques noms prestigieux, je me prête au jeu du Géotop en tant que propriétaire des lieux, concepteur du concept et arbitre tout-puissant. Voici donc un top 10 dont ne sont pas exclus les films transcendants mais qui compte aussi quelques choix moins cinéphiliques. Comme dix c’est un peu juste et qu’il faut faire des choix cornéliens, et comme c’est moi le chef et l’inventeur des règles, j’ai triché (mais pas trop quand même : dix-sept films au total). Ouvrez les guillemets ligne suivante.

jeudi 31 mars 2016

Face à l'hydre bureaucratique (Un monstre à mille têtes, Rodrigo Plá)

Un Monstre à mille têtes, en compétition au dernier Festival de Fribourg, est parvenu à se frayer un chemin jusqu'à trente-huit salles françaises, grâce à Memento Films. On y apprend avec bonheur qu’au Mexique, quiconque veut bénéficier d’un nouveau traitement contre le cancer, c’est-à-dire se donner une chance de survivre, doit d’abord convaincre sa compagnie d’assurance, par le biais d’un médecin au moins aussi attentif au profit de ladite compagnie – et aux pressions qu’il subit – qu’à la santé de ses patient-e-s. Ce défi, la très déterminée Sonia tente de le relever pour sauver son mari malade, et son parcours du combattant fournit l’argument du roman de Laura Santullo (scénariste) et du film de Rodrigo Plá. Celui-ci dresse un réquisitoire sans appel contre le libéralisme débridé et ses conséquences bien réelles, entre abysses bureaucratiques et violence sociale.