mardi 13 septembre 2016

Le Géotop, 5ème: la ciné-géographie de Nashidil Rouiaï

Il y a eu Serge Bourgeat, moi-même, Jacques Lévy, puis Benjamin Fauré. Après une pause estivale, voici venu le temps d'un cinquième Géotop, celui de Nashidil Riouiaï, géographe spécialiste de l'impact des représentations ciné-géographiques sur les stratégies d'influence étatiques. Elle termine en ce moment une thèse portant sur l'image de Hong Kong au cinéma (hongkongais mais aussi hollywoodien) et son impact pour le soft power chinois. Son top 10 géographique, très asiatique et très urbain, se trouve à portée d'un clic, ci-dessous.

vendredi 12 août 2016

Locarno 2016, Jour 2 : Faillite de l’autorité, faillite de la société

Les films projetés à Locarno cette année ne donnent pas tous envie de pleurer. Mais plus d’un rend compte d’un monde qui ne donne pas non plus très envie de rire. En particulier, sur des registres a priori différents, plusieurs intrigues dessinent un monde qui sonne creux, déserté par le sens et, en l’occurrence, par les autorités, c’est-à-dire par une émanation d’un projet et d’une vision communs à un groupe humain. Ci-dessous, retour sur un jour 2 qui fait trembler les fondements des sociétés postindustrielles.

jeudi 11 août 2016

Locarno 2016, Jours 0 & 1: Pluie d'insultes sur la Piazza Grande

Locarno film festival 2016
A la sérénité d'une traversée ferroviaire des paysages mythico-bucoliques de la Suisse primitive, renforcée par le plaisir coupable de la contemplation des hordes d'automobilistes pris dans quelques kilomètres de bouchons à l'entrée du Ghotard (et donc aussi à la sortie, niark), a succédé un atterrissage mouvementé sur la Piazza Grande. Dans le jeu injuste des bonnes et moins bonnes places sous les étoiles du Tessin, rendu complexe par l'interdiction plus ou moins explicite et plus ou moins respectée de réserver des sièges à ses ami-e-s, ce n'est pas un orage qui m'est tombé sur la tête mais une averse d'injures, noms d'oiseaux éructés en allemand, italien et anglais par un spectateur très fâché. Passé ce déluge, le spectacle a pu commencer.

mercredi 3 août 2016

Avant Locarno: Le passé trouble de la Suisse (Un juif pour l'exemple, Jacob Berger)

Avant une sortie en Suisse en septembre 2016, on pouvait découvrir à Locarno, dès le premier jour, Un juif pour l'exemple, de Jacob Berger (Fuori concorso). Librement inspiré de l'ouvrage du même nom de Jacques Chessex, publié en 2009, le film revient sur une affaire ayant secoué en 1942 la petite ville suisse de Payerne. Un groupuscule de sympathisants nazis y avait exécuté dans des circonstances sordides un commerçant juif, pour l'exemple. Entre passé mal assumé et présent pas tout rose, Berger propose une adaptation subtile, mettant l'auteur lui-même au cœur du dispositif narratif. Une réussite.

samedi 30 juillet 2016

NIFFF 2016, Jour 4: Coup de cœur dans le backyard (Girl Asleep)

Girl Asleep
Un festival du film, c'est un peu comme une douzaine d'huîtres. On tombe parfois sur une perle, y compris quand on ne s'y attend plus trop. Au NIFFF (dont on a parlé ici, , mais aussi là-bas) la perle a surgi au sein de la Compétition internationale. Quand Wes Anderson rencontre Lewis Caroll et Charles Perrault, ça donne un merveilleux film sur l'adolescence, réalisé par l'Australienne Rosemary Myers. C'est à la fois hors du temps et en phase avec l'époque, léger et sérieux, superficiel et profond. Ça s'appelle Girl Asleep, et c'est le coup de cœur neuchâtelois de LMDLO.

lundi 18 juillet 2016

La tortue coupée en deux (La tortue rouge, Michaël Dudok de Wit)

La Tortue Rouge
Film d'animation issu de la collaboration entre un réalisateur néerlandais et les studios Ghibli, La Tortue rouge a fait un véritable tabac dans la presse, provoquant des hurlements au chef-d’œuvre absolu et atemporel - et récolté au passage un Prix spécial à Cannes, dans la sélection Un certain regard. Pourtant, passés les instants magiques de la première demi-heure, le propos s'essouffle, avant de se prendre les pieds dans les pires stéréotypes.

vendredi 8 juillet 2016

NIFFF 2016, jour 2 : le salut vient de Corée

Tout a très mal commencé. Avant la projection du percutant The Priests, quelqu’un s’est précipité sur scène pour nous parler sans micro mais très fort, a fait mine de vomir dans un sac et répété deux fois "bite-couille-chatte" pour montrer qu’il ne craignait pas la censure ni la bien-pensance. Heureusement, quelques minutes ont suffi au talent de Jae-hyeon Jang pour nous faire oublier ce moment douloureux. Deux prêtres italiens perdus dans Séoul, un exorcisme qui tourne mal, un accident de voiture, et on accroche sa ceinture.

mardi 5 juillet 2016

NIFFF 2016, jour 1: choc culturel (Miruthan, Shakti Soundar Rajan)

Lundi 3 juillet 2016, c’est l’été, le moment de profiter des salles de cinéma de Neuchâtel. Pour ma première visite au NIFFF, je commence par Miruthan, film de zombies indien signé Shakti Soundar Rajan. Un virus terrorisant Coimbatore, un flic qui part à la recherche de sa petite sœur disparue, le tout sélectionné en compétition : sur le papier, ça promet. J’y vais en espérant glaner une réponse à une question aussi profonde qu’essentielle : comment l’industrie du cinéma du sous-continent a-t-elle digéré la thématique de l’après-apocalypse ? Disons que le bilan a été pour le moins mitigé, tant la distance culturelle ne facilite pas le travail de spectateur. Du coup, le plus intéressant s’est joué dans les réactions de la salle, occasion d’une petite anthropologie expresse du spectateur de cinéma. Ci-dessous les détails du choc culturel.

samedi 18 juin 2016

Le Géotop, 4ème: Benjamin Fauré fait son géo-ciné

Après Serge Bourgeat, moi-même et Jacques Lévy, place à une quatrième livraison de Géotop. Enseignant d'histoire-géographie, Benjamin Fauré est médiéviste et a soutenu une thèse sur l'alchimie en histoire des sciences et des textes - preuve s'il en fallait que tout mène au cinéma. Il tient un blog consacré au cinéma, La Kinopithèque, et sévit régulièrement sur la très recommandable Géothèque. Ci-dessous son top 10 géographique - dans lequel Antonioni, l'un des grands absents des trois précédentes listes, fait son entrée -, avec pour chaque film un lien vers un texte plus long sur le site susmentionné. Deux points ouvrez les guillemets :

samedi 14 mai 2016

Le Géotop, 3ème: Jacques Lévy fait sa ciné-géographie

Après Serge Bourgeat puis l'hôte de ces lieux, troisième livraison du Géotop. Place aux stars, avec Jacques Lévy, qu'on ne présente plus mais qu'on va quand même présenter rapidement, en rappelant qu'il a fait partie, au tournant des années 1970 et 1980, des quelques géographes qui ont participé à sortir la discipline d'un siècle de glaciation. Plus récemment, il a réalisé un film proposant, sur fond de musique atonales et d'images très chinoises, ses pensées sur l'urbanité (on en parlait ici). Ci-dessous, il se livre à l'exercice du Géotop (présenté ) et fait émerger quelques grands absents des deux listes précédentes : Wim Wenders, Guy Debord et, bien sûr, Orson Welles et Touch of Evil. Pour le détail de cette liste très cinéphilique, cliquer ligne suivante.

mercredi 6 avril 2016

Le Géotop, 2ème: le tour du propriétaire.

Après Serge Bourgeat, premier à dégainer, et avant quelques noms prestigieux, je me prête au jeu du Géotop en tant que propriétaire des lieux, concepteur du concept et arbitre tout-puissant. Voici donc un top 10 dont ne sont pas exclus les films transcendants mais qui compte aussi quelques choix moins cinéphiliques. Comme dix c’est un peu juste et qu’il faut faire des choix cornéliens, et comme c’est moi le chef et l’inventeur des règles, j’ai triché (mais pas trop quand même : dix-sept films au total). Ouvrez les guillemets ligne suivante.

jeudi 31 mars 2016

Face à l'hydre bureaucratique (Un monstre à mille têtes, Rodrigo Plá)

Un Monstre à mille têtes, en compétition au dernier Festival de Fribourg, est parvenu à se frayer un chemin jusqu'à trente-huit salles françaises, grâce à Memento Films. On y apprend avec bonheur qu’au Mexique, quiconque veut bénéficier d’un nouveau traitement contre le cancer, c’est-à-dire se donner une chance de survivre, doit d’abord convaincre sa compagnie d’assurance, par le biais d’un médecin au moins aussi attentif au profit de ladite compagnie – et aux pressions qu’il subit – qu’à la santé de ses patient-e-s. Ce défi, la très déterminée Sonia tente de le relever pour sauver son mari malade, et son parcours du combattant fournit l’argument du roman de Laura Santullo (scénariste) et du film de Rodrigo Plá. Celui-ci dresse un réquisitoire sans appel contre le libéralisme débridé et ses conséquences bien réelles, entre abysses bureaucratiques et violence sociale.

samedi 26 mars 2016

Géographie marocaine des corps de femmes (Much Loved, Nabil Ayouch)

Sélectionné à Cannes (Quinzaine des réalisateurs), doublement récompensé à Angoulême, sorti en France en septembre 2015, Much Loved a trouvé le chemin des salles romandes en mars 2016. On remercie encore et toujours le City Club de Pully de sa programmation et, en l'occurrence, de diffuser ce film dur et nécessaire, photographie sans complaisance des angles morts de la société marocaine, narrant le quotidien, à Marrakech, de quatre prostituées emmenées par Noha - Loubna Abidar, qui crève l'écran. Un film qui en dit long sur le statut des femmes au Maroc et sur la géographie du genre qui s'y dessine, à travers différents régimes de visibilité des corps féminins.


samedi 19 mars 2016

Fribourg 2016, jour 2 (partie 2): femmes du monde

Après le très-féministe-mais-pas-si-militant Madonna, place au pas-si-féministe-mais-très-militant Mary Kom, biopic sur une multiple championne du monde de boxe originaire du Manipur, province du nord-est de l’Inde animée d’une sérieuse agitation indépendantiste. Exemple type du film qu’on aime détester – à moins que ce soit l’inverse –, ce blockbuster bollywoodien signé Omung Kumar et sorti en 2014 a parfaitement trouvé sa place dans la section "Cinéma de genre : plus féroces que les mâles", ne serait-ce que parce qu’il donne à voir une image de la femme bien éloignée des clichés que véhicule une bonne part du cinéma indien – ce qu’on lui reproche assez.

Fribourg 2016, jour 2 (partie 1): meurtre dans la file d'attente

Les yeux encore humides d’émotion pour l’amour entre le petit Shimek et la jolie Buzya, je patiente béatement dans une file d’attente. Soudain, une spectatrice enragée exprime toute sa détestation pour Song of Songs à une amie, avant de percevoir dans mon regard, en dépit d’efforts inouïs pour ne rien laisser paraître, un inquiétant mélange d’incompréhension, de courroux, d’effroi et d’hostilité. Elle change de sujet, évitant de justesse un meurtre passionnel en plein cinéma. Ainsi a pu se poursuive dans une relative sérénité un deuxième jour schizophrénique, ubiquiste et intersectionnaliste (oui), entre une famille juive dans l'Ukraine du début du 20e siècle (Song of Songs, Eva Neymann) et les coulisses crasseuses de la réussite économique sud-coréenne (Madonna, Shin Su-won). Résumé.

mercredi 16 mars 2016

Fribourg 2016, jour 1 (partie 1): Festival international des femmes fortes

Début des hostilités, entre une compétition faisant la part belle aux héroïnes et au réalisatrices, une section dédiée aux femmes féroces, et un mot-clé dans la bouche du staff du festival : femme(s) forte(s). On est prévenu, les femmes à l’écran vont nous en mettre plein la vue, on se dit que les mecs n’ont qu’à bien se tenir. Mais au fait, une femme forte, c’est quoi ? Début de réponse en provenance d’Amérique latine, en commençant par Breathless Time (Tiempo sin Aire), projeté dans la section "Cinéma de genre : Plus féroces que les mâles", seul film m’ayant laissé, malgré ses belles intentions et quelques moments forts, une impression pour le moins désagréable.

samedi 5 mars 2016

Début du FIFF(F): Festival international du film de Fribourg (et des femmes)

30e Festival international de films de Fribourg
Le FIFF (Festival international du film de Fribourg) célèbre en 2016 ses trente ans, dont cinq sous la direction de Thierry Jobin - et une seule édition, malheureusement, sous le regard ravi de LMDLO, en 2012. On imagine le brainstorming pour décider du thème de l'année, entre prix d'honneur décerné à George Clooney ou Christophe Lambert, grosse(s) soirée(s) à thème arrosée(s) de double crème de Gruyère, de fondue au Vacherin et d'hectolitres de bière Cardinal (dans n'importe quel ordre), hommage(s) interminable(s) aux vingt-neuf éditions précédentes, avec séance obligatoire de bisous pleins de larmes entre anciens directeurs et lauréat.e.s, affiches couvertes de puissants calembours du type "trente fois FIFF, cent-huitante". "Rien de tout ça !" s'est exclamé le directeur, la voix sûre, la tête vissée sur les épaules et le regard résolument rivé vers l'horizon, avec peut-être aussi dans un coin de la tête la sensation de moins en moins diffuse et de plus en plus désagréable que, dans la course aux Oscars, lorsque ce sont les minorités qui courent, something is holding [them] back. Ainsi fut décidé, pour les trente ans du festival, de prendre, en toute simplicité, trente ans d'avance sur le monde, en consacrant l'édition 2016 aux femmes. Respect.

samedi 27 février 2016

Au-delà des montagnes (Jia Zhangke): la Chine a le mal du pays

Ne cherchez pas de montagnes dans Au-delà des montagnes, vous n’en verrez pas la trace. En leur lieu et place, le film propose l’histoire en trois tableaux – 1999, 2014, 2025 – de la jolie Tao, partagée entre l’amour de ses deux amis Zang – le parvenu ambitieux – et Lianzi – le modeste employé d’une mine de charbon de Fenyang. Pas de montagnes, donc, mais le basculement de la Chine dans le capitalisme sauvage, des mines de charbon aux côtes australiennes en passant par la bourse de Shanghai : la chronologie du mélodrame épouse la temporalité d’une société prise dans les contradictions du développement économique et de la mondialisation.

vendredi 5 février 2016

Serge Bourgeat fait son géo-cinéma (le Géotop, 1ère)

Il est le premier à se coltiner le Géotop (Serge Daney vous explique le projet ici) et à partager avec les lecteurs de LMDLO son "top 10 géographique", j'ai nommé Serge Bourgeat. Agrégé de géographie, il enseigne dans le secondaire et a co-écrit un très recommandable Dictionnaire de géographie chez Hatier [pas une once de copinage dans la phrase qui précède]. Il a également soutenu une thèse d'épistémologie de la géographie et publié plusieurs articles, dont une incontournable géographie de James Bond co-écrite avec Catherine Bras (dont on trouve une version simplifiée mais gratuite ici-même). Mais trêve de présentations, en route pour Grenoble, le Colorado, Casablanca et, tout simplement, Ailleurs.

mercredi 6 janvier 2016

Serge Daney et les planisphères : et vous, c'est quoi votre top 10 "géographique"?

Rien moins qu'un très colossal événement se prépare ici même, avec la bénédiction de Serge Daney, en personne, depuis l'au-delà. Il y aura des films et de la géographie, des stars hollywoodiennes, des films d'auteur, des road movies, des westerns, d'immenses classiques, d'innommables séries B à Z. Il y aura surtout, aux manettes, des stars de la géographie francophone - et d'autres disciplines. Quelques-uns des représentants connus et moins connus, jeunes et moins jeunes, de ce qui se fait de mieux dans la science de l'espace, vont éclabousser ce blog de leur savoir et de leur cinéphilie tout à la fois. Ce sera,  non pas un énième top 10 de vos films préférés de l'année passée, de la décennie ou de toujours, mais le Géotop, premier top géographique de l'histoire du cinéma, et chaque fidèle ou moins fidèle lecteur de LMDLO pourra dire à ses petits-enfants : j'étais là.